Introduction

          Accident grave ou mortel, suicide, agression, catastrophe naturelle, attentat… Ces situations, bien que rares, ne sont pas sans conséquences psychologiques, car elles peuvent induire des séquelles traumatiques chez les personnes exposées.
Le terme « psychotraumatisme » désigne la réaction psychologique à un événement traumatique, c’est-à-dire une situation dans laquelle une personne est exposée à la mort réelle ou potentielle, à des blessures graves, ou à une menace pour son intégrité physique, que ce soit en tant que victime directe, témoin, ou par exposition à des détails choquants.
Face à ce type d’événement, il est fréquent d’entendre évoquer la mise en place d’une « cellule de crise psychologique ». Cependant, la méthodologie employée doit être construite avec précaution afin d’agir efficacement lors d’un événement grave.
Les environnements professionnels peuvent également être touchés par ce type d’événements graves, que cela soit dans les locaux de travail et plus globalement sur le temps de travail.
Cet article vise à clarifier ce qu’est réellement une intervention psychologique post-traumatique en entreprise et ce qu’elle n’est pas au travers de cinq idées reçues.

Idée reçue n°1 : “Une cellule de crise psychologique, c’est une équipe interne qui gère les problèmes émotionnels dans l’entreprise.”

FAUX.
Dans certaines entreprises, la « cellule de crise » est parfois un outil pour tout type de problématiques, comme la gestion des conflits, les situations de souffrance au travail, les tensions hiérarchiques, l’accompagnement au changement, les crises économiques, politiques ou de production du secteur de l’entreprise… Elle fait aussi parfois écho aux lignes d’écoute psychologique.

Le problème, c’est que cela dilue totalement le sens du dispositif. Une cellule de crise post-traumatique ne sert pas à gérer les thématiques liées à la vie de l’entreprise ni un désaccord ou une difficulté de la sphère des ressources humaines. Ce dispositif doit servir uniquement à intervenir après un événement traumatique dans l’entreprise (accident grave, suicide, agression…).

Idée reçue n°2 : “On a le temps, la cellule peut intervenir quelques jours après.”

FAUX.
Dans les heures suivant un événement traumatique, la détresse peut être très forte avec un vécu d’anxiété, de peur, de confusion, voire un état de dissociation. C’est dans cette période cruciale qu’offrir un soutien immédiat permet de réduire l’intensité émotionnelle et de prévenir l’enracinement de symptômes traumatiques.
L’intervention « à froid » dans l’entreprise après plusieurs jours perd une partie de son efficacité préventive et peut même s’avérer contre-productive, car elle nécessite des compétences spécifiques en débriefing psychologique.

Idée reçue n°3 : “Tout le monde peut intervenir : RH, managers, collègue formé Sauveteur Secouriste du Travail…”

FAUX.
Le soutien émotionnel immédiat ne s’improvise pas.
Malgré leurs bonnes intentions, des intervenants non formés peuvent minimiser ou banaliser le vécu des témoins, pousser à verbaliser trop tôt les détails de l’événement traumatique ou encore engendrer une confusion entre soutien et enquête interne.
Un dispositif d’intervention doit s’appuyer sur des intervenants dûment formés en psychotraumatisme et dans la pratique du soutien émotionnel immédiat (aussi appelé defusing).

Idée reçue n°4 : “La cellule de crise psychologique, c’est de la thérapie.”

FAUX.
L’objectif n’est pas de proposer une intervention à visée thérapeutique, il ne s’agit pas ici d’une démarche de soin. L’intervention vise plutôt la stabilisation émotionnelle et la sécurisation des victimes, la normalisation des réactions immédiates, le repérage et l’orientation des personnes les plus exposées.
C’est une première marche, un outil de prévention des séquelles traumatiques, mais ce n’est pas une thérapie en soi.

Idée reçue n°5 : “Un traumatisme mène systématiquement à un trouble de stress post-traumatique (TSPT).”

FAUX.
Durant les semaines qui suivent un événement traumatique, certaines personnes peuvent développer un trouble de stress aigu. Ce trouble associe généralement des intrusions du souvenir, une humeur nettement altérée, des phénomènes dissociatifs tels que la déréalisation, ainsi qu’un évitement des pensées ou des situations rappelant l’événement. Il s’accompagne aussi d’une hyperactivation physiologique, marquée par l’hypervigilance, les sursauts exagérés et les troubles du sommeil. Ces manifestations constituent une réponse typique au traumatisme et s’atténuent spontanément chez de nombreuses personnes dans les semaines qui suivent.
Si ces symptômes disparaissent naturellement chez beaucoup de personnes, pour certains, ils persistent et évoluent. Lorsque ces symptômes perdurent au-delà d’un mois et continuent d’altérer le fonctionnement quotidien, le diagnostic d’un trouble de stress post-traumatique peut être envisagé par un médecin. Ce trouble se caractérise par la persistance des phénomènes d’intrusion — souvenirs envahissants, cauchemars, flashbacks — et par un évitement plus systématique des pensées, des émotions et des situations associées à l’événement. Il peut s’accompagner de modifications durables des pensées et des émotions, telles qu’une vision négative de soi, une culpabilité persistante ou un sentiment de détachement, ainsi que d’une hyperactivation chronique, faite d’irritabilité, d’hypervigilance et de troubles du sommeil.
Comme nous l’avons vu, le développement d’un trouble de stress post-traumatique n’est pas systématique après la confrontation à un événement grave. Certains facteurs influencent le risque de développer ou non des séquelles traumatiques. La qualité du soutien émotionnel reçu immédiatement après l’événement joue notamment un rôle prépondérant dans la prévention de ces troubles.

Alors, c’est quoi une « vraie » cellule de crise psychologique ?

Une « cellule de crise psychologique » peut être qualifiée de dispositif de soutien émotionnel immédiat en cas de survenue d’un événement traumatique en entreprise.
Un tel dispositif doit répondre à quelques principes.
Son activation doit être rapide et survenir le plus tôt possible après l’événement.
La communication au sujet de l’événement et de la mise en place du dispositif d’intervention doit être claire. Certains collaborateurs peuvent se sentir stigmatisés ou percevoir cette prise en charge comme un signe de faiblesse ou d’échec. La communication sur les objectifs est donc essentielle pour légitimer la démarche.
Le dispositif doit être construit en partenariat avec l’employeur et mené par des intervenants formés au psychotraumatisme dans un cadre clair et confidentiel. La formation des intervenants est primordiale. Sans formation adéquate, des intervenants, même bien intentionnés, peuvent involontairement aggraver la détresse.
L’intervention a pour objectif d’apporter soutien immédiat et stabilisation émotionnelle aux victimes et témoins de l’événement afin de réduire la détresse, restaurer un sentiment de sécurité et rétablir des repères. Il ne s’agit en aucun cas de mener l’enquête sur ce qu’il s’est passé ou d’engager une thérapie.
Cela doit permettre, in fine, l’orientation des témoins vers une prise en charge médicale spécialisée afin d’assurer le repérage précoce et le suivi des symptômes, et si nécessaire la mise en place d’un accompagnement.

Comment une entreprise peut-elle se préparer au mieux à ce genre d’événement ?

L’événement traumatique peut, dans certains cas — hors événement climatique ou externe à l’entreprise —, être consécutif à un risque inhérent à l’activité de l’entreprise ou à l’organisation du travail.
Un premier échelon pour se préparer relève donc de la prévention des risques professionnels. Pour cela, l’entreprise doit alors réaliser l’inventaire des risques professionnels, mettre en place un plan d’action de prévention et en assurer un suivi régulier. Les résultats de cette analyse doivent être consignés dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels.
Il peut aussi s’avérer utile de définir un protocole d’activation clair en cas d’événement traumatique dans l’entreprise ou sur le temps de travail. Dans ce cadre, l’employeur peut se doter d’un réseau d’intervenants spécialisés (internes ou externes).

Conclusion

La « cellule de crise psychologique » en entreprise peut être un outil puissant pour soutenir des collaborateurs confrontés à un psychotraumatisme. Mais elle n’est utile que si elle est spécifique, professionnelle et centrée sur l’urgence et le repérage, plutôt que comme une réponse générique à toute problématique en entreprise. Les organisations qui mettent en place ce type de dispositif peuvent non seulement protéger la santé mentale de leurs salariés, mais aussi renforcer le sentiment de solidarité, de sécurité et de résilience collective.

Bibliographie : 

  • https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-psychiatriques/anxi%C3%A9t%C3%A9-et-troubles-li%C3%A9s-au-stress/trouble-de-stress-post-traumatique
  • https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-psychiatriques/anxi%C3%A9t%C3%A9-et-troubles-li%C3%A9s-au-stress/trouble-de-stress-aigu
  • INSERM : https://www.inserm.fr/dossier/troubles-stress-post-traumatique/#:~:text=La%20pr%C3%A9valence%20des%20TSPT%20serait,et%20dans%20les%20autres%20pays).
  • Code du Travail, Article R4121-1